Démêler sexe, genre et sexualité

Ce texte est la 3ème partie d’une discussion sur le genre, clarifiant la nature du sexe, du genre, de l’identité de genre et de la sexualité.

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Tu dis: “…la distinction entre sexe et genre est tout fait utile et même nécessaire, mais il y a une question de définition qui me semble difficile. Pour le moment je considérerais le genre comme l’interprétation culturelle du sexe, interprétation par les différents groupes sociaux ou/et par les individus. Et je ne doute pas que ce soit une richesse comme tu l’exprimes. Mais si  l’un des termes recouvre complètement l’autre, conceptuellement,  la distinction n’est plus possible…” 

Le risque de tautologie

Dire que le genre est « l’interprétation culturelle du sexe » semble brouiller la distinction entre genre et sexe. Cela peut expliquer pourquoi tu penses qu’il y a peu ou pas de distinction entre les deux. (1) Pour être juste, tu affirmes que le genre est une « interprétation culturelle ». En tant que tel, il semble accorder aux individus une certaine liberté dans la perception de leur identité de genre. (2) Cependant, cela lie toujours le genre au sexe.

Toute cette discussion souligne la nécessité de démêler ce que l’on entend par sexe, genre et sexualité.

Sexe

Le sexe est déterminé par des caractéristiques biologiques et génétiques et se divise généralement en trois catégories : féminin, masculin et intersexué. Le sexe à la naissance peut ensuite être modifié chirurgicalement, soit par choix personnel, soit par la force, dans le cadre d’un soi-disant réalignement. (3)

Genre

L’Organisation mondiale de la santé dit que le genre fait référence aux caractéristiques des femmes, des hommes, des filles et des garçons qui sont socialement construites. Cela inclut les normes, les comportements et les rôles associés au fait d’être une femme, un homme, une fille ou un garçon, ainsi que les relations entre eux. En tant que construction sociale, le genre varie d’une société à une autre et peut évoluer avec le temps. (4) En tant que tel, le genre détermine les attitudes sociales à l’égard du sexe et de la sexualité. (5)

Identité de genre

L’OMS fait la distinction entre le genre et l’identité de genre. Il définit cette dernière comme faisant référence à l’expérience profondément ressentie, interne et individuelle du genre. Cela peut correspondre ou non à la physiologie de la personne ou à son sexe désigné à la naissance. Affirmer son identité de genre peut être une source de joie considérable. Elle peut également engendrer des souffrances lorsqu’elle ne correspond pas au sexe désigné à la naissance ou si elle n’est pas alignée aux attentes sociales en matière de genre. (6) (7)

Trois principes de l’identité de genre

Il y a trois principes clés dans la discussion sur l’identité de genre :

– L’identité de genre est distincte du sexe. (8)

– L’identité de genre ne se limite pas à l’une des deux options binaires ancrées dans une notion de genre socialement construite. Cela peut être toute une gamme de possibilités et varier dans le temps.

– La sexualité, en tant que relation sexuelle et affective d’un individu avec autrui, doit être envisagée en termes d’identité de genre, de genre et de sexe. En tant que tel, il peut embrasser de multiples possibilités et ne pas être fixé dans le temps.

Lisez les autres parties de cette discussion : Première partie – Transition sexuelle ?, Deuxième partie – Langage, pensée et genre.

Notes de bas de page

  1. En assimilant le genre à une manière de considérer le sexe, cette position se rapproche de la conviction de beaucoup que les deux ne peuvent être séparés. D’autres, notamment les personnes trans, revendiquent le droit de faire une distinction claire entre sexe et genre.
  2. L’interprétation, selon toi, est l’œuvre à la fois des groupes sociaux et des individus. Il est probablement nécessaire de faire une distinction entre les deux. Comme nous le verrons par la suite dans les définitions de l’OMS, le genre est considéré comme une construction de groupes sociaux. Alors que l’identité de genre est composée du sentiment profond et de l’expérience qu’un individu a de lui-même. Ces deux visions peuvent être en désaccord voire en conflit, surtout dans le cas des personnes trans.
  3. Le choix personnel, loin d’être « libre », implique souvent de surmonter des barrières considérables dues à l’attitude de la société. Quant au réalignement de genre, il vise à amener le corps d’une personne, en particulier dans le cas des personnes intersexuées, à se conformer de force aux normes/attentes sociales dominantes. C’est considéré comme un crime dans certains pays.
  4. Notons que le genre s’étend également à certains objets, notamment les vêtements.
  5. On se demande si cette définition du genre pourrait s’élargir sous la pression de la variété croissante exprimée comme identité de genre.
  6. Si l’identité de genre est une expérience individuelle basée en grande partie sur les sentiments, alors remettre en question l’identité de genre d’une personne équivaut à remettre en question les sentiments de quelqu’un ou à nier son identité, avec le préjudice qui pourrait en résulter.
  7. En même temps se pose la question des critères subjectifs et objectifs. L’identité de genre, fondée sur des critères perçus comme purement subjectifs, généralement considérés comme moins fiables par la société, peut se heurter à une organisation sociale fondée sur des critères plus « objectifs ». Cela peut être vu de manière poignante dans les lieux et les activités réservés uniquement aux femmes définies uniquement par leur sexe.
  8. L’identité de genre n’est pas nécessairement déterminée par le sexe, ni nécessairement conforme aux attentes sociales en matière de genre.